vendredi 3 août 2012

ECCE HOMO N°3 La chronique de Tyrannosaurus Imperium. Markham ou la dévoration de Mike Resnick.

Le planet opera est un genre extrêmement agréable pour l’originalité qu’il demande mais qui peut-être casse-gueule comme nous allons le voir ici.
J’aime beaucoup le planet-opera. Quand il est bien fait, je veux dire… J’ai ma période en ce moment. Je lis du planet-opera.
Pour ceux qui n’en ont jamais lu, les grands classiques anglo-saxons sont le cycle du monde du fleuve de PJ Farmer (vous pouvez éviter le dernier tome), Dune de Frank Herbert (le premier tome à ne rater sous aucun prétexte), le Majipoor de Silverberg et dans les grands anciens l’anneau-monde de Larry Niven. J’oserais, je rajouterai (avec mon élégance coutumière) le cycle de Rama de Clarke avec lequel j’ai passé un très bon moment (au moins pour les deux premiers). Vous pouvez éviter judicieusement le cycle de Pern de McCaffrey et Ténébreuse de Bradley, SAUF si vous souhaitez faire de la musculation.
Pour les européens, nous avons quelques TRES bons, et je ne saurai trop vous recommander la lecture d’Adriana Lorusso et son Ta-Shima (Bragelonne … Et si !)dont le chauve de la rue Montault devrait bientôt vous donner des nouvelles. Mais aussi Ayerdhal et son Mytale, le monde d’Omale de Genefort, Roland C. Wagner et son temps du voyage. Je ne vous recause pas de « Le sang des immortels » de Genefort, vous savez tout le bien que j’en pense (y a intérêt !).
Vous pouvez éviter « La horde du contrevent » de Damasio qui est le bouquin qu’adorent toutes les personnes qui ne lisent jamais de SF.
Mike Resnick est une sorte de génie. En dehors de sa trilogie Enfer / Purgatoire / Paradis qui retraçait par une métaphore liée à la science-fiction le destin de trois colonies anglaises d’Afrique Centrale, il avait réalisé un certain nombre de space-operas un peu moins sérieux qui se déroulait dans le même univers dont les aventures du « faiseur de veuves » un chasseur de primes au grand cœur.
C’est donc avec une néfaste insouciance que je me lançais dans « La dévoration de Markham » que je possédais dans la défunte collection « Présence du futur ».
On ne devrait JAMAIS être insouciant, un tricératops de mes victimes le disait souvent à ses amis avant de craquouiller délicieusement sous mes crocs…
Le dernier endroit où on l’a vu Michael Drake est la planète Bushveld. Et c’est très embêtant car le fameux Michael est le seul capable de soigner une maladie mortelle qui contamine peu à peu toute la galaxie, que Bushveld est une planète sauvage et que le dernier contact officiel de l’ex-futur sauveur de l’humanité remonte à plus de dix ans.
Marrkham est un journaliste, un vrai. Prêt à prendre tous les risques, à les faire prendre aux autres, cruel, calculateur (j’ai l’impression de me décrire !) et qui souhaite laisser son nom dans l’Histoire. Retrouver Michael Drake est donc un objectif à sa mesure. Afin d’obtenir le détachement nécessaire à la crucifixion morale de Markham, le récit va être mené par l’accompagnateur principal de l’expédition dont le rôle frise la neutralité la plus froide avec brio. Il ne sait pas. Markham a-t-il raison ? Ou pas ? En attendant il laisse faire avec une passivité digne d’un bovin anesthésié.
Le reste du roman est digne des romans d’aventures dans la jungle du début du XXème. Avec deux trois armes modernes sans intérêt et un matériel de pointe que l’on ne verra pas fonctionner puisqu’il  tombe en panne très vite laissant nos comparses dans le dénuement de Livingstone, l’expédition se fait décimer peu à peu, on tire gratuitement  sur tout ce qui bouge, on extermine des villages de sauvages MAIS on retrouve Michael Drake.
Les cinquante dernières pages du roman sont une ode à l’opportunisme flamboyant et sans scrupules, toujours sous la plume placide du narrateur.
En fait rien de bien neuf sous les étoiles du pliocène de la SF.
Ma recommandation serait : vous souhaitez retrouver l’ambiance aventures-jungle, lisez Burroughs (Edgar Rice hein ? Pas William – que vous pouvez lire aussi d’ailleurs). Il s’y passe beaucoup plus de choses intéressantes et les « maladresses ethniques » ont au moins l’excuse de l’âge. Et Tarzan est beaucoup plus sympa. C’est étonnant les variations qualitatives que l’on peut trouver sous la plume d’un même écrivain. Vous l’avez compris, je suis très déçu. Et je vais relire « Tarzan et les hommes-fourmis » pour la peine…