lundi 7 janvier 2013

Ecce Homo N°5 Où il est question d'un gros reptile là aussi...

« Lasser, un privé sur le Nil » Sylvie Miller & Philippe Ward, éditions Critic

 

Le noir duo vient de frapper à nouveau. Si vous avez été attentif (ce je vous recommande, car vous avez l'air tous bien appétissants!), vous n'aurez pas raté la chronique réalisée par mes soins sur l'anthologie réalisée par David K. Nouvel chez Mnémos « Fragments d'une fantasy antique » dans « La tête en l'ère » N° 21 et donc la nouvelle de Philippe et Sylvie qui concernait le bientôt incontournable détective Lasser accompagné de ses amis.
L'exercice de Ward et Miller est innovant dans le monde de la littérature de genre. Ils reprennent les mécanismes scénaristiques des polars des années 50 avec leurs codes qu'ils appliquent à un monde uchronique. Nous sommes à une époque proche de la nôtre à la différence que les dieux existent vraiment et mieux encore vagabondent parmi nous. Essentiellement ceux des cultes polythéistes : nordiques, grecs, égyptiens, etc... Bien entendu, l'Histoire s'en trouve « légèrement » perturbée
Le roman dont il est question ici n'en est pas un, il s'agit plutôt d'une succession de nouvelles inter-liées entre elles de manière chronologique. A ce titre plus proche donc de « La faune de l'espace de Vogt ou les premiers « Elric » de Moorcock que des « Sherlock Holmes » de Doyle ou « Harry Dickson » de Jean Ray). Cette méthode a pour avantages de suivre temporellement la biographie des héros et de créer des moments de coupure permettant de s'interrompre sans laisser l'histoire en plan. Le référenciel au « Hard Boiled » des années 50 est tout à fait jubilatoire. Lasser est un privé qui ne dédaigne pas le whisky, les jolies filles et doit se prendre une raclée à chaque épisode. Le couple qu'il forme avec Fazibel sa jolie secrétaire, d'une réjouissante efficacité, n'est pas sans rappeler un certain Nestor Burma et Hélène Chatelain.
Sauf que sa cliente habituelle (et c'est une malédiction) est Isis, et qu'elle n'est pas particulièrement commode, comme pourrons vous le raconter le groupe de pachas qui partage le salon de l'hôtel où Lasser se livre à son passe-temps de prédilection : la dégustation de Pure Malt les plus anciens possibles. Isis, comme tous les dieux, est dotée de nombreux pouvoirs dont certains destructeurs. Mais les dieux de ce monde ne possèdent pas l'omniscience et sont parfois les victimes de criminels. D'où l'utilité de Lasser. Le problème réside dans le fait que les criminels sont parfois eux aussi des dieux et là, tout devient très compliqué pour notre détective. Et je ne vous parle pas de Seth et sa paranoïa...
Les références aux classiques des deux genres sont légion et le duo d'auteurs n'hésite pas à donner dans le calembour quand cela s'avère nécessaire et évite de longues descriptions (vous parlerai-je de Sarq-Osis?). Le ton est léger et tout cela se lit avec jubilation.
Mais de quoi ça parle ?
Lasser est un détective marseillais. En fait les noms sont « antiquisés » Marseille devient Marselha, on vogue sur la Mare Nostrum, etc... Une bévue l'oblige à s’exiler en Egypte où ses talents de détective privé vont rapidement être mis à contribution.
Six enquêtes dans ce volume donc qui débute avec « Filature à Marselha » où Lasser va se faire piéger par un ponte du milieu de la ville et va devoir s'enfuir avec la maîtresse de celui-ci en Égypte. Cette brève aventure amusante introduit le personnage. « Le manuscrit de Toth » va voir s'envoler la tranquillité tant désirée par Lasser, pour le lancer à la poursuite du manuscrit de Toth qu'Isis s'est fait subtiliser risquant ainsi d’empêcher la bénéfique cru du Nil. « Le chat de Sekhmet » voit l'introduction d'un nouveau personnage, Ouabou un chat qui parle et n'a pas la langue dans sa poche. Tout va bien puisqu'il s'agit de retrouver le chat d'un dieu... Viennent rejoindre dans cet épisode quelques personnages secondaires récurrents dont un splendide minotaure. « L'embrouille féline » voit Ouabou jouer avec les codes d'un conte bien occidental. « Le quatorzième morceau d'Osiris » se retourne contre Isis. Madame, doutant de la fidélité de son époux et profitant que celui-ci fut « démonté » en d'autres temps par le divin Seth, garde par devers elle le « morceau » lui permettant d'atteindre la félicité conjugale, le rendant à son propriétaire quand le « besoin » s'en fait sentir. Je ne douterais pas de l'ingéniosité du système si le fameux morceau ne se faisait pas subtiliser par un tiers... A qui de le retrouver ? Et où il sera question d'un reptiles de taille (presque) respectable. « La querelle nubienne » démarre par un événement tragique, la mise à sec du Nil, suite à un « malentendu » entre dieux égyptiens et nubiens, et où la noblesse des deux pays paraît bien obscure.
Je ne vous l'ai pas dit mais s'ajoute aux qualités déjà citées de l'ouvrage, l'érudition distillée à petites touches fines mais convaincantes.
J'attends avec impatience mars 2013 pour la sortie du second opus de la série qui en comporterait déjà cinq prévus et d'autres si tout cela roule bien.
Donc, lisez-le... Ou je vous bouffe !