mercredi 12 février 2014

Ecce Homo N°6 Et quand un tyrannosaure lit un roman, dans quel état se trouve le livre après ?

 

« Pascal Quignard » Tous les matins du monde Gallimard

Sobre, efficace : la Blanche de Gallimard.

Ça faisait un moment que je le voyais traîner sur une grosse pile celui-là.  Tout un tas de lecteurs humains me répétaient à n’en pas finir que c’était IN-DIS-PEN-SA-BLE à la culture d’un dinosaure.

C’est le fait que le bouquiniste chauve de la rue Montault me dise « Tiens, une classe d’Angers étudie la vie de Sainte-Colombe ! (le nom du « héros ») » qui m’a poussé dans mes derniers retranchements.

Que va-t-on faire ingurgiter à nos chères têtes blondes. Non pas que je n’ai pas confiance aux angevins, ils sont beaucoup moins béni-oui-oui qu’ont veux bien le dire. Bon d’accord c’est à Angers que Madame Taubira s’est fait agiter une banane sous le nez, mais même parmi les dinosaures, il y avait des tricératops pas bien dans leurs têtes et cela restait une minorité pas du tout représentative.

Non, ils seraient vraiment tous comme ça, on aurait retrouvé depuis longtemps le contraire d’anachorète de bouquiniste crucifié sur le palais épiscopal qui fait face à sa boutique.

En plein débat sur le genre, et malgré le fait que tous les profs que je connaisse ont un avis tranché sur la question (et elles tranchent dur celles que je connais, faites-moi confiance) mon coté « réprimons dans mon estomac les liberticides » aiguisa ma curiosité naturelle.

Bon, le truc, c’est que c’est un petit bouquin qui se lit en une heure et demi. Quand on sait que j’avais l’édition Gallimard, ça sent l’arnaque. Surtout que je lis un livre : il est détruit. Bin oui, les éditeurs se foutent de produire des ouvrages destinés aux grands carnivores alors forcément, entre mes griffes et quelques sucs digestifs liés à des mastications collatérales…

Bref, chacun ses problèmes (le principal des votre étant de m’éviter).

Trois choses m’ont interpellé dans ce (court) roman.

La première est l’écriture parfaitement maitrisée et cependant complètement anachronique. Le sujet se déroule durant le règne de Louis XIV et le langage et la syntaxe utilisés imitent celles de l’époque mais en énonçant par moment des faits résolument modernes, par exemple ceux liés à la sexualité, sujet omniprésent de manière latente dans l’ouvrage.

La seconde est liée à un déchainement de passions dont celle de la musique qui dépasse la douleur de la perte de l’être aimé, mieux est une voie de communication avec lui.

La troisième est le fil narratif qui ne se lâche pas de tout le roman.

Monsieur de Sainte Colombe, joueur de viole, perd son épouse et ne se remet pas de cette perte. La viole parfaitement maîtrisée par l’artiste devient l’outil d’expression de ses sentiments à défaut de tout autre. Ses deux filles sont emportées par ce « virus » et deviennent virtuoses. Mais Sainte Colombe se refuse à tout autre partage de sa douleur y compris au roi. Il finit par accepter un élève dans des conditions que je ne spoilerai pas et le jeune homme va devenir la perte de la famille et finalement se sacrifiant lui aussi viendra à la douleur, logique conclusion des passions les plus folles.

La performance est belle et « quasi » académique. Presque trop à mon goût. Mais je suis un tyrannosaure…

Bon, je m’en doutais mais je ne ferai pas un festin de profs cette fois ci.

Quand à vous, lisez l’ouvrage ou je vous bouffe !