jeudi 26 janvier 2012

Tyrannosaurus Imperium digère ses gigahertz !

Le grand reptile sort de nouveau de son antre. Une chronique amère douce. Amère avec Bifrost et douce avec Ophélie Bruneau...

Ce matin, je me suis réveillé grognon. Faut dire que j’avais lu le dernier Bifrost avant de me coucher. Il n’aurait pas fallu. Un Monsieur de la SF française faisait une critique destructrice du « Rêves de Gloire » de Roland C. Wagner paru chez « L’Atalante » mais ça, c’est le jeu. On ne peut pas plaire à tout le monde. Puis le Monsieur manifestement énervé (réveillé grognon ?!) d’expliquer à qui voudra l’entendre que le prix européen des Utopiales ferait mieux de s’appeler le prix L’Atalante. Et là forcément ça m’a énervé. Il faut dire que le chauve de la rue Montault (Jean-Hugues Villacampa de Phénomène J[1] ) faisait partie du jury et m’a fait un rapport détaillé de l’évènement. Ce type a beaucoup -trop -de défauts mais le pire est son honnêteté maladive (ce qui est TRES mauvais pour le genre de commerce qui l’exploite-non, il n’y a pas de faute)…Trois des quatre membres du jury étaient soudoyés par L’Atalante ? Le quatrième n’avait mis le bouquin de Wagner qu’en seconde position sur quatre car il n’était qu’à moitié corrompu ? Arleston acheté par L’Atalante, alors qu’il pourrait faire le contraire…  Cher Monsieur de Bifrost, moi qui me suis amusé à lire les quatre romans sélectionnés, et malgré toute l’admiration que j’ai pour Thierry Di Rollo (édité par Bélial pour l’occasion), il ne pouvait pas gagner cette année. Pour les deux autres, ça se discute peut-être. Aller poser son étron malodorant sur un résultat de prix littéraire et sur un auteur de SF français alors que sa propre maison d’édition participe avec un de ses auteurs ne fait pas très très fairplay.

 

Heureusement la veille au soir, j’avais fini la lecture de « Et pour quelques gigahertz de plus… » d’Ophélie Bruneau aux éditions Ad Astra.
Ophélie Bruneau est une gamine (elle est toujours vivante, c’est un signe) élevée aux séries mangaoïdes de seconde génération et à quelques bouquins glanés quasi au hasard dont ceux du génial déjanté : Douglas Adams. « Et pour quelques Gigahertz de plus… » est la réalisation d’une sorte de pari. Le résultat en est tout à fait réjouissant. Un bon space-opera des familles par un auteur qui en a peu lu est toujours une bonne surprise quand il respecte à ce point les lois du genre avec cependant un traitement original. On sent un fond de gameuze (joueuse de jeux vidéos - pour les vieux reptiles), du massivement multi-joueurs, qui a un impact forcené sur les acteurs du roman.

Bon, le pitch ! Jean Frédéric Serrano commande un vaisseau poubelle. Détesté de sa hiérarchie, plus motivé par la progression dans son jeu vidéo que par ses missions, il part dans un anus cosmique (trou du cul de l’espace[2]) qui a pour qualité majeure d’être extrêmement éloigné de son commandement. Là il tombe sur une amorce de conflit entre planète mère et fille dont il devrait en toute logique s’éloigner au plus vite. Un incident l’oblige à rester et de traiter avec des humanoïdes-rongeurs aux lois de l’hospitalité légèrement déviantes. Notre capitaine est-heureusement- entouré de personnages secondaires : le lieutenant Artemisia pour commencer, jeune femme expérimentant un peu rapidement et avec angoisse  la connexion neurale et Tikosh dilettante alcoolique d’une perspicacité rare (comme quoi ça ne veut rien dire…). La quasi-totalité du roman se passe dans le même système stellaire ce qui est une chose absolument rare dans ce monde de space-opera qui nous fait traverser les galaxies/dimensions/espaces virtuels, et je dois dire que c’est reposant. Le style d’Ophélie Bruneau est fluide, précis et direct, digne des grands romans populaires du XXème siècle. L’humour est omniprésent sans tomber dans le burlesque et je vais surveiller de très près cette Ophélie qui je l’espère va abandonner sa tendance à la procastination pour le travail acharné devant son clavier[3].



[1] Note de la rédaction
[2] NDLR
[3] C’est le problème des blogs. Ils deviennent parfois indiscrets lorsque l’on devient une célébrité !