lundi 24 octobre 2011

Tyrannosaurus Imperium vadrouille sur Verfébro.

Quand la vieille bête écailleuse sort de son antre, ce n'est pas forcément bon signe. Mais il a accepté la proposition de Jean-Hugues Villacampa (que le Docteur Dexter Ward le soigne de son AAA) de chroniquer de temps à autre sur notre site quelques échantillons de ses nombreuses lectures.
La pas belle !
Aujourd’hui, je me suis réveillé grognon. Non pas que les noirs tombent les blancs, ça arrivent souvent aux échecs, mais j’ai rêvé que des tyrans se faisaient sortir de leurs trônes dorés au pétrole par des coalitions d’humains idéalistes alors que comme à l’habitude, des barbares tuent d’autres barbares. Je me retiendrais pas je dégraderai  leur note.
Du coup, je suis allé me taper une brochette de traders agrémentés de provocateurs intégristes, ça m’a soulagé.
En parlant de dévorer, je me suis lu une réédition réécrite du petit Laurent Genefort chez Critic (encore eux…). Il faut savoir que Genefort est une découverte de Serge Brussolo ce qui ne gâche pas la bête ! D’ailleurs en parlant de ça, il faut savoir que Genefort a été un collaborateur de Stéphane Marsan, genre directeur de collection, surement à l’époque où Bragelonne se piquait d’entretenir des danseuses en science-fiction, genre qui ne satisfaisait pas le modèle économique de la maison d’édition orienté plutôt fantasy et Bit-lit. Ceci dit je ne vais pas cracher dans la soupe (quoique ça la pimenterait), car Marsan et consort nous ont quand même fait quelques très belles rééditions de textes disparus à tort. Ne citons que Verlanger. Il paraitrait (conditionnel) que des œuvres SF de Brussolo seraient en passe d’être rééditées (ou éditées) chez Bragelonne. Supposons qu’il s’agit d’un coup de Laurent Genefort , et félicitons nous de cette très bonne nouvelle.
« Le sang des immortels » est paru dans la collection SF du Fleuve noir N°10 en 1997 (la collection a fait long feu) dans une couverture hideuse que je ne résiste pas à vous exposer !
Le roman vient donc de ressortir et je l’ai relu. La couverture est beaucoup plus belle et nos amis de Critic ont utilisé un pelliculage qui donne à l’ouvrage une douceur étonnante (proche de la peau humaine… On devrait rééditer le Nécronomicon avec ce truc !). Bon faut dire du coup que le roman est trois fois plus cher qu’à l’époque.
Je ne sais pas vous (enfin si ! Je sais ! Vous êtes trop jeunes…) mais pour ma part j’ai un souvenir ému de lectures des premiers Peter Randa (parus chez Anticipation au Fleuve Noir). Du pur space-opera populaire (NON, ce n’est pas un gros mot) qui en deux soirées de lectures vous amenait au pinacle du roman d’aventures, peuplés d’extra-terrestres déroutants, de scène d’actions, d’armements étranges, d’intrigues alambiquées. Certes, la science-fiction a beaucoup évolué ces cinquante dernières années et c’est tant mieux, en même temps, une balade aventureuse de temps à autre n’est pas faite pour me déplaire.
C’est le cas du roman de Genefort. Le pitch est simple, une bande hétéroclite : une anthropologue mystérieuse, un prêtre allumé (au cas où il y en ait d’autres…), un mercenaire très équipé, et un chasseur milliardaire débarquent sur Verfébro pour trouver une créature légendaire, le Drac dont l’absorption du sang rend immortel. Pour trouver la bête, le joyeux quatuor recrute un guide autochtone qui n’est autre que le héros de l’histoire. Le truc sur Verfébro, c’est que la planète est essentiellement aquatique et recouverte d’une flore dense peuplée d’une faune… déroutante. Des autochtones vivent dans d’immense radeau qui parcourent la canopée, des rebelles tentent de chasser les vilains colonialistes (il y en a d’autres) qui ne pensent qu’à déforester et les groupes de chasseurs de dracs. Bref il ya de quoi s’occuper. On sent que Genefort maitrise parfaitement le concept « jungle aventure », ses personnages paraissent parfois superficiels mais les trames sont parfaitement maitrisées et nous embarquent sans coup férir vers un dénouement juste ce qu’il faut de déroutant. J’ai beaucoup apprécié le mercenaire pragmatique en diable et qui est certainement le plus logique des membres de ce groupe hétérogène. Son équipement est une mine d’inspiration pour les rolistes. Les descriptions « forestières » sont vraiment superbes et donnent des envies de (dangereuses) promenades. Le Drac (il existe oui) a un système de pensée alternatif qui aurait presque pu être développé. Le tout est pimenté de petits à-cotés épicés du genre des papillons modifiés génétiquement afin que sur leurs ailes apparaissent un message de revendication rebelle. Bref un roman réussi qui ouvre une nouvelle collection chez Critic après Fantasy et Thriller.
 Tyranosaurus Imperium