jeudi 15 octobre 2009

Là où le lecteur prend son pied, le téléspectateur s’en branle (2/2).

Suite et fin momentanée de « l’agacement » de notre Justin devant la télé ! De la rage et son expression… grivoise, à l’inévitable retour, teinté de poésie, à son « irrespectueux » amour du livre.
La Miss tique lorsque l’incapable Dechavanne l’intercepte d’une pogne fort médiocre induite par sa condition d’impuissant et, de l’autre, se tape sur l’andouillette flasque aux rires ignares des (télé)spectateurs initiés à la haute voltige cathodique.
Puis mon index boudiné par l’excès de footing sur mon clavier d’ordinateur appuie sur la touche off de la zappette. Ouf...
Incroyable !
J’ai vu...
J’ai vu une totale absurdité qui, pour pouvoir la soutenir davantage, m’aurait obligé à me faire exciser le lobe temporal et circoncire le bulbe rachidien ! – Insoutenable ! Comment diable  aurais-je pu bander par la suite ?... J’ai donc rallumé mon poste.
La miss, qui se nomme Victoria, est tout de même montée sur de ces quilles ! Et des seins !... Des seins dignes d’être saisis par des raquettes bien calleuses pour qu’elle sache, au fond, ce qu’une épouse d’ouvrier doit endurer pour avoir la paix ! Merde ! Voilà qu’un soupçon d’érection se manifeste dans mon froc.
 
Savez-vous que Victoria Silvstedt, Vic pour les fans, la blondasse pour les autres, prétend s’être fait remarquée lorsqu’à 13 ans, elle gagna dans un bar un concours de simulation d’orgasmes ? Pour la gagnante, une TV gratis ! Une fois chez elle, elle aurait dit à sa mère qu’elle l’avait gagnée à une loterie... Et à l’entendre parler au cérébral Dechavanne, je la crois sur parole...
Aussi, n’est-il pas étonnant que, dès lors qu’elle se lança à corps perdu dans la musique, son unique album Hello Hey reste un échec. Il est vrai que son verbe poétique vaut encore moins que ses lèvres enthousiastes. Son dada, la pause plastique devant photographe troublé, émoustillé, allumé, excité et somme toute bien monté. Quant à ses lectures favorites, Playboy’s Playmate, Playboy’s Celebrating Centerfolds Vol. 6, Playboy’s Body Language (celui d’octobre 1998) et , Playboy’s Voluptuous Vixens Vol. 3 – autant dire des lectures de chiotte.
 
Or, rien jusqu’ici nous dit que ledit téléspectateur qui sans cesse la regarde ne lit jamais ! Toutefois la réponse est simple, elle se trouve dans la question. Jamais, à l’heure où, précisément, débute son émission préférée, le téléspectateur ne lit. Il scrute la chute Victoria dans l’espoir d’oublier sa vie de merde. Dès lors, pourquoi irait-il lire un bouquin acheté à Phénomène J ?
 
Pour ma part, je l’éteins volontiers ma caisse à vendre du pq molletonné d’air pour prévenir suffisamment à l’avance un échauffement sérieux du trou du cul. Pourquoi ? Parce que je tire davantage de bénéfices à lire, c’est aussi simple que ça. Et quels genres de bénéfices je tire donc d’un bouquin qui parfois sent le champignon ?... Hum hum… Le livre est l’outil idéal qui justifie, à tous, le fait qu’il leur faille soit se taire soit partir jouer dehors pour imposer le silence chez soi. Le livre est l’accessoire par définition qui me permet d’arrêter le temps, le temps d’une page, d’une histoire, d’une intrigue. Lire permet de ne pas vieillir tout en acquérant l’expérience d’une vie entière : celle du narrateur. C’est pourquoi la lecture rend le lecteur plus... mûr. Rien à voir avec la culture générale. Là où certains se cultivent la tronche à coups d’bouquins, d’autres enrichissent leurs vies d’expériences de vies – et de vies extraordinaires quant à faire ! Des existences à faire pâlir d’envie les nôtres ! Et, de fait, des destins si accomplis qu’ils poussent les nôtres hors des sentiers battus. Lire pousse le lecteur à faire. Lire est donc une aventure en devenir.
Mais lire, c’est aussi remonter le temps. Retrouver l’enfant qui, pour échapper au noir absolu de la chambre, allume secrètement la lampe de chevet sous les draps et, ainsi, transgresse l’ordre établi. Lire devient un acte de résistance qui, par les pages feuilletées, accroît l’imaginaire du lecteur. Plus il lit, plus son imagination s’active, plus son imaginaire s’étend. Et, seul, un vaste imaginaire permet le bonheur, car, quand on en manque, il ne reste que le quotidien le plus commun.
 
Silence, isolement, temps immobilisé – voire remonté –, expériences modèles, exemples de vies, aventures en devenir, à revivre, bref !... Comprenez-vous, maintenant, les raisons qui m’ont poussé à écrire : là où le lecteur prend son pied, le téléspectateur s’en branle... Ce qu’il veut, lui, c’est du bruit, du monde, de la présence, parcourir sa soirée au plus vite pour fuir son quotidien le plus insignifiant.