samedi 16 janvier 2010

Les aventures de Justin Hurle : "Justin Hurle à l'atelier d'écriture"

Justin Hurle sucite des réactions, souvent violentes, jamais indifférentes. Il nous oblige à prendre du recul en nous mettant le nez dans no...s contradictions. Et ça tombe bien car c'est le rôle du pamphlétaire...
Aujourd'hui : "John Irving, l’oublié des bibliothécaires…"
 
Connaissez-vous les ateliers d’écriture ?... Ou plutôt, avez-vous eu la moindre expérience d’un atelier d’écriture ? (Attention ! Je parle-là d’ateliers sérieux, encadrés par des professionnels avertis, lesquels jouissent, devant des « écrivains en devenir », d’une forte supériorité universitaire. Et non pas des ateliers minables à trois francs six sous que propose la plupart des maisons de quartiers, centres sociaux ou autres bistrots culturels.)
En ce qui me concerne, j’ai eu la chance de participer à l’un d’eux. Et gratuitement ! Pourquoi ?... Parce que l’on m’avait invité. Parfaitement ! Invité. Oh ! n’allez pas imaginer que l’on m’y invita en raison d’un quelconque savoir-faire en matière d’écriture, non. Du tout. On m’y invita parce que, au sein de la structure organisatrice – une importante bibliothèque municipale dont je préfère taire le nom1 (vous imaginez pourquoi…2), j’étais « le stagiaire ». Donc, moi, le stagiaire, était vivement convié à participer à un Atelier d’écriture...

Le thème était la coupe du monde de football – moi qui hais ces exilés fiscaux qui ne cavaleraient derrière une balle que pour la plus grande joie des aryens très beaux mais très cons... Ses participants, une douzaine de bibliothécaires avec lunettes sur le pif et redingote assortie aux souliers vernis, quelques adhérentes aussi, dont la qualité d’écriture m’est restée assez énigmatique et… moi, le stagiaire3.
Voici maintenant (je cite) le « déroulé de la séance »… En trois temps ! D’abord, échauffement neuronal autour de jeux de lettres. Puis un corps de séance axé sur la composition d’un poème. Enfin, un retour au calme de fin séance dont je ne saurai rien, je vais me faire virer bien avant.

L’échauffement donc, avec un exercice oulipien reposant sur les mots huitième de finale. Il nous fallait produire des phrases avec les lettres H U I T E M D F N A L. Bon… peut-être est-ce-là un exercice fort utile pour des « écrivains en devenir » qui expriment le besoin d’avoir un cadre, des bords, des limites à leur imagination par trop fertile !... Mais pour moi, ce fut un véritable enfer ! Des limites !... Des limites pour écrire ! Non ! Je conçois l’écriture comme l’un des derniers espaces de liberté ! Voire, le dernier !... Ecrire avec des barrières dans les doigts... c’est quand même plus dur ! C’est se compliquer la vie !... Remarquez ! Il est vrai que certain((ne)s) se la complique(ent) pas mal la vie ! Alors, qui suis-je pour discuter de çà, moi ? Après tout, n’a-t-on pas le droit d’écrire comme on vit ?
Le sablier retourné et le temps consumé, il nous fallait lire nos productions succinctes.
Et tous, fiers, solennels, aussi droits qu’un manche de pelle de chez Castorama, livraient sa petite œuvre. Quelques félicitations par-ci, des encouragements par-là… Mais rien de vraiment marrant. Commençait à s’faire chier le père Hurle ! Aussi, quand ce fut mon tour, je l’ai esquivé en souplesse par : « Euh... Hum... ». Un rire, trois regards en coin, deux boutades, rien de bien virulent.
Le corps de séance consistait à produire un poème de huit pieds, avec vers « driblés », à partir des mots ballon, crampon, supporters, sueur et couleur. Ce n’était plus des barrières-là, mais des remparts ! La liberté d’expression comprimée en un espace-temps aussi large qu’un taille-crayon ! Et me voilà debout, lisant ma rage :

« Ballon ! me crie-t-on !... Quel ballon ?
Ballon d’rouge ? Du blanc ? Quelle couleur ?
Couleur vinaigre. Non ! Sueur.
Sueur aigre, lourde à supporter.
Supporter de gré le ballon…
C’est la crampe au nez qui s’pointe ! »

Et les biblios furent consternés, atterrés, effarés et d’autant plus statufiées que l’écrivain, lui, m’encourageait. Normal ! Après tout, c’était-là son rôle non ? Mais alors… Comment savoir si ce que j’avais pondu était bien meilleur que les croûtes que j’entendais-là, maintenant ? L’écrivain n’était pas payé pour nous dire : « C’est qu’une croûte vot’truc ! »…

L’incident passé, il nous fallait « écrire en prose » un texte ayant un rapport direct avec le sport, le corps et l’effort. Bigre ! Ma pensée prit alors une direction comme qui dirait… sexuelle. Mais, tel Ulysse 31 devant la face bien pâle de Zeus, j’ai réussi la contenir :

« En bas, ne s’imposent que des limites. Au sommet, gloire éphémère, expérience acquise, Être une fois de plus. J’ai grimpé tout ça !... Et demain ? Demain, peu importe. En-dehors des monts c’est la sclérose. Pas d’obstacles à vaincre, que des cons à ouïr. »

J’ai ri. Tout seul. Puis l’auteur s’y est mis. Et mon voisin de droite. Les autres… : « Ca devient vulgaire-là ! ». Y commencent à m’les brouter menu-menu tous ces binoclards !

La fin de séance (retour au calme pour les neurones) nous obligeait à écrire une courte composition avec rimes imposées en arge et eur ou è et ic. Là !... Je me tâtais. Oserais-je ?... Oui ! Non ! Oui !... Je m’esclaffe… « chuuutteuuu ! ».
  • On peut faire les deux ? » dis-je sous l’œil exacerbé du mérou assise en face de moi.
  • Bien sûr ! dit l’auteur au regard amusé.

Puis est arrivé l’instant de livrer nos rimes à l’assemblée de bulbes illustres. Je me lève avec, dans le derrière, un gros manche de chez Casto :

« Il était un gars de Bombay
D’argile il fit un con parfait
Mais à la chaleur de sa trique
Le bel objet cuisit en brique
Et son prépuce en fut râpé »

J’ose un regard pernicieux au-dessus de ma feuille tremblante… Et poursuit l’œuvre qui n’est pas la mienne.

« Je connais encore une Marge
Au con si énormément large
Que l’acoustique à l’intérieur
Devient d’une telle splendeur
Qu’on entend tout quand on décharge »

Les bonnes sœurs craquèrent : « C’est une honte !... Ecrire des trucs pareils !... » 
  • Mais quelle éducation avez-vous reçu !
  • Quelle culture !...
  • Veuillez quitter notre bibliothèque !
  • Parfaitement ! Sortez !
  • Une honte de voir çà !
Bon… Quel rapport avec John Irving ?… J’imagine que vous avez compris que je ne suis pas l’auteur des deux derniers limericks, ils sont l’œuvre de John Irving (je les avais lus dans L’œuvre de Dieu, la part du Diable quelques jours auparavant) – lequel les avait repris (pour son compte) d’une édition de 1957. C’est pourquoi je les lui ais volés sans honte. Vraiment. De toute manière, l’élite intellectuelle ne savait même pas que ses vers n’étaient pas ceux d’Irving puisqu’ils étaient devenus les miens… Quant au bouquin, L’œuvre de Dieu, la part du Diable, il est excellent ! Mais lisez-le, ne faîtes pas votre érudit de la culture (laissez-la aux culturistes pompeux...).
1 La médiathèque Toussaint à Angers.
2 J’en ai plus rien à carrer ! J’ai à la fois terminé mon stage sans grand succès et déménagé d’Angers.
3 Vachement mignon de surcroît.