vendredi 18 décembre 2009

Les aventures de Justin Hurle : "Justin Hurle à l'expo !"

Notre ami Justin profitant de l'exposition animée par Daniel Venjean et Daniel Piolet à l'hôtel Bessonneau au début du mois de décembre, est venu pour présenter et vendre son superbe pamphlet sur l'art...
Une exposition d'art... Est-ce le bon endroit pour un pamphlétaire ?
 
Erratum presque caricatural.

Une heure que je suis là, assis derrière une table de bistrot coiffée d’une nappe en velours bleu sur laquelle s’empile à la manière d’un château de cartes une trentaine d’exemplaires du bouquin que je viens d’écrire. Puis il y a l’étiquette, un bristol blanc rectangulaire qui présente à tous mon nom : Justin Hurle.
Deux heures maintenant que les gens passent et repassent en ne jetant qu’un œil vers ma table de bistrot. Faut dire que l’exposition des Artistes machins est, pour la moitié d’entres-eux, d’une grande qualité. Quant aux autres... Leur présence relève de la seule nécessité d’être comparée à leurs pairs. Et se justifie par le seul fait d’être cité dans le « Catalogue des Artistes machins » – des acheteurs potentiels en somme.
Trois heures, trois heures que mes fesses fabriquent des escarres à n’en plus finir. J’ai mal au cul de n’avoir rien vendu, au crâne de les entendre se congratuler et à ma bourse d’avoir tant investi.
Tiens ! Une touche. Une mémé du genre Coco Chanel saisit un exemplaire – quoi lui dire ?... J’esquisse un banal « Bonjour ! ». Que dalle oui ! Elle ne me répond pas. Sur sa veste, une broche décorative qui ressemble à un pin’s argenté – c’est pourtant vrai que c’est bientôt Noël ! Et mémé qui sent le sapin s’en va sans même m’avoir lâché une thune.
Ah ! Une autre touche ! Une Coco Chanel un peu plus mûres cette fois ! Et accompagnée de son mari s’il vous plaît… Elle jette un œil par-dessus le fameux Catalogue des Artistes machins. « Mais qu’est-ce que tu fais ? » lui demande son mari.
  • Rien ! Je regarde ce que fait monsieur ! lui dit-elle les yeux de nouveau sur le catalogue (le monsieur, c’est moi).
Elle tourne une page. Une autre. Soudain la voilà qu’elle glousse tout haut : « Ah bah tu es-là ! », et s’empresse de me le prouver de son index pressant le nom de son mari inscrit en caractère gras.
Je lui souris donc par défaut. Quoi faire d’autre ?

J’ai fui l’expo pour quelques minutes. Un bol d’air en guise d’obole...

Je titille de mon index mes escarres de circonstances, et me rassoie timidement. Une femme moins fraîche encore que les Coco Chanel s’avance, attrape un exemplaire, le manipule, le triture à la va-vite, le repose déjà et détale – qu’a-t-elle lu ?...
Tiens ! Un homme (à la retraite pour sûr). Il saisit un exemplaire : « C’est quoi ? »
  • Un bouquin ! lui dis-je en rigolant.
  • Ah d’accoorrrd !!!... et le repose.

Et voici un clown. Chapeau bleu, large comme un parasol ; une robe mauve, moulante à souhait ; une veste noire bien trop courte ; des bottes de mousquetaires et un sac à main – une femme !...
  • Pardon ? me fait-elle.
  • Oui ? dis-je, tout plein d’espoir.
  • Pourriez-vous me dire…
  • Oui ? (j’en peux plus-là, j’en peux plus.).
  • Où se trouvent les cabinets ?

Bon... La bonne question n’est pas là. La bonne question est la suivante : Vais-je oui ou merde ! vendre mes bouquins ?
Une femme plutôt agréable d’apparence s’avance, toute timide, et saisit un exemplaire de mon ouvrage. La voilà qu’elle lit le résumé inscrit au dos. « J’entends dire trop d’absurdités sur l’art. L’Art est ceci l’Art est cela… Pis ! L’Art ne touche pas les jeunes, faut vraiment faire quelque chose !... » Elle lève les yeux vers moi en esquissant un sourire… Puis elle y retourne volontiers. « J’ai une idée moi, qu’on leur foute la paix aux jeunes ! Laissez-les en-dehors de çà, ils ne méritent pas de subir des assauts fuselés à répétition (les prêtres le font si bien). » Soudain, son visage s’est figé dans le temps ! Plus de sourire, plus un regard… Je m’avance vers elle, assez sûr de moi je l’avoue, afin de l’achever : « Ce n’est qu’une introduction… ». Sa main délicate repose alors l’œuvre sur la pile et, viscéralement embarrassée du haut de ses talons-aiguilles noirs, elle prend la tangente en déplaçant sa paire de lunettes sur la tête. Et moi, de sourire méchamment de sa belle et grande morale catholico-frigide.

Bon… la bonne question de tout à l’heure ne me paraît plus aussi judicieuse. Non. Du tout. La bonne question est désormais : Mais qu’est-ce que je fous-là ? ». Je m’évade un court instant dans le hall de la salle d’expo des Artistes machins. Des gens entrent, d’autres sortent. Y a du monde c’est vrai. Mais ça ne répond pas à la bonne question…

En rentrant, j’ai jeté un œil sur l’affiche… J’y suis pas. Y a pas mon nom ! Nulle part. Pas même cité comme invité. Et en plus, j’ai même pas l’pin’s que la direction distribue aux exposants. Alors… Qu’est-ce que je fous-là j’te l’demande ma tata ?! Un pamphlétaire n’a-t-il de place nulle part ? Tudieu ! On n’aurait donc pris la Bastille pour en faire une Opérette ?

Justin Hurle