lundi 11 mai 2009

16. Ostende au bout de l’est

Un voyage à Ostende avec une kyrielle des meilleurs auteurs du genre (noir) valsant avec des photos de Cyrille Derouineau à couper le souffle !
Vous ai-je dit que j’aimais beaucoup la Belgique ? Je n’ai pas fait exprès mais j’ai eu le privilège de vivre à Givet dans les Ardennes pendant trois ans. Les Ardennes c’est ce département au nord-est de la France qui a une petite proéminence qui s’enfonce dans la Belgique. Givet est au bout de la proéminence. Mieux je n’habitais pas Givet mais Flohimont, une « bourgade » de 1 300 habitants... Enfin quand les 1 000 ouvriers (à l’époque) métallurgistes étaient à l’usine où travaillait mon papa... Au nord de Givet (si ! c’est possible) Flohimont était encadré au nord, à l’est et à l’ouest par la Belgique (à 3km au sud, c’était la centrale nucléaire de Chooz brrrr...). Quel privilège ? Des paysages à couper le souffle, la plus belle forêt qui m’ait été donné de contempler, la vallée de la Meuse, le
-23°C,... Et puis les gens. La moitié de ma collection des êtres extraordinaires que j’ai pu rencontrer dans toute ma vie sont des ardennais. La proximité du plat pays (et le quasi-néant évènementiel de la pointe de Givet) nous poussait à visiter la Belgique qui est un superbe pays mal connu. En dehors du fait que la pâtisserie est façonnée pour des géants, que l’on y trouve les meilleures frites du monde connu et que les spécialités charcutières sont magnifiques, les paysages belges sont superbes et les gens adorables (et je ne parle pas des bouquinistes BD de Bruxelles...). J’ai eu le plaisir de visiter Ostende dans des circonstances adéquates : ciel gris et bas se confondant avec la mer, crachin glacé giflé sur les visages par un vent tourbillonnant et waterzooï de coquilles Saint-Jacques suivi de dégustation des bières parfumées locales...
Ostende. C’est à un voyage étonnant que nous invite Cyrille Derouineau, « photographe moderne réaliste » puisque ces instantanés de la ville accompagnent des nouvelles des plus belles plumes noires actuelles. Marcus Malte à la recherche du père douteux. Didier Daeninckx et les rapports conflictuels et complices entre le jeune médecin et sa malade, ancienne  égérie de rock star « coincée » entre un grand hôtel et ses phobies avec une fin Daeninckxienne. Il est vrai que pour avoir vécu à Aubervilliers (93) (comme Didier) la mélancolie qui émane des deux villes possède des similitudes que leurs phénotypes ne laisseraient pas imaginer. Jean-Bernard Pouy et sa sortie encadrée d’anciens du quatrième âge à l’énergie revigorante qui se conclut « à la Pouy »... Marc Villard et ses histoires de dealers amateurs désespérés qui se croisent avec angoisse et amour. Michel Quint et ses deux vaisseaux plein d’humanité qui se croisent sur la mer grise et pluvieuse avec la seule conclusion ensoleillée du recueil (merci Michel !). Enfin Jean-Hugues Oppel qui nous prouve à nouveau que patience et professionnalisme sont les mamelles du tueur à gage !
Outre la qualité des nouvelles que l’on y retrouve, ce recueil possède une unité non calculée mais liée au fait que les différents auteurs appuyaient leurs inspirations sur les vues fournies par Cyrille Derouineau. Bel exercice donc et complètement réussi !
 
« Ostende au bout de l’est » Collectif. Photos de Cyrille Derouineau
Neuf 19,50  (8/10 chez tout bon bouquiniste !)
Intelligence : ***
Description : ****
Action : **
Humour : 0
Amour : *
Violence : 0
Sexe : 0