dimanche 31 janvier 2010

Le bouquiniste a lu N°19. « Ô dingos, ô châteaux ! » de Manchette

Je ne sais pas si je vous l’ai dit mais j’aime beaucoup le polar français. Ça n’a pas été tout de suite hein ? Une sorte d’angoisse du « Maigret de la télévision » et quelques mauvaises expériences. Genre « pas le bon moment pour lire ça ! ». Puis la révélation est venue. Le french touch, l’appropriation d’éléments reconnaissables ethniquement, un style… Bref, bonjour Manchette !
Je ne vais pas vous raconter ma vie mais j’ai une sorte de défaut : je lis plusieurs livres à la fois. Non, pas en même temps ! L’avantage est : si au bout du premier tiers la sauce ne prend pas je la laisse tomber. C’est une des raisons majeures pour laquelle ma dernière chronique de lecture date de trois mois (lié au fait que je ne répète pas les chroniques que j’écris pour les différentes « Têtes » que nous abritons chaleureusement sur notre site).
Et je viens de finir parallèlement Manchette et un Connelly qui m’avait échappé (il n’y avait pas Harry Bosch, c’est pour ça !) avec lesquels j’ai pris autant de plaisir. Et pourtant, tout les oppose. Le Connelly est un pavé où la psychologie des personnages est extrêmement fouillée, l’action est mesurée (le héros n’est pas un homme d’action) et où les effets ne résident pas dans la surprise. Le Manchette fait 200 pages découpés en courts chapitres (les narrations alternent entre les « gentils » et les « méchants »), et en 30 pages il se passe plus de choses que dans tout le roman de Connely. Oui, promis je vous fais un « bouquiniste a lu » pour le Connelly prochainement.
 
Comme souvent avec Manchette, la description psychologique des personnages est réduite à sa plus simple expression, et pour cause, les dialogues et les actions entrainent immédiatement un jugement du lecteur. Un jugement juste qui plus est ! Les personnages principaux s’étoffent rapidement, quant aux personnages secondaires, ce sont des stéréotypes facilement identifiables qui leur donnent leurs pleines dimensions de secondaires. Le décor est donc rapidement mis en place. L’histoire est simple Hartog riche héritier/architecte sort Julie de son hôpital psychiatrique où elle est enfermée suite à un passé criminel/pyromane pour faire d’elle la nurse de son neveu Peter, archétype de l’enfant pourri/gâté  qui a usé toutes les personnes s’occupant de lui jusqu’à aujourd’hui. Julie et Peter se font enlever par une équipe de malfrats dirigés par Thompson (un tueur ulcéré – médicalement).
Mais pourquoi ? Sachant qu’aucune rançon n’est demandée.
Heureusement Julie a plus d’un tour dans son sac… Le roman est simple de lecture, terriblement efficace dans un style clair et concis. Les révélations et les coups de théâtre se suivent à un rythme effréné. Manchette maitrise admirablement les éclats de violence qui parsèment son ouvrage avec un Oscar pour la scène du Monoprix. Grand spécialiste des armes, il fait de Thompson un tueur méticuleux et équipé. Bref, un bon mais court moment de plaisir intense à ne pas rater.
 
Je ne résiste pas à vous rappeler l’existence d’un volume In Quarto chez Gallimard regroupant toutes les œuvres noires de Manchette.
Je parle de Manchette au présent car si l’homme est décédé en 1995, l’auteur est toujours parmi nous grâce à ses œuvres…
 
 
« Ô dingos, ô châteaux » J.P Manchette. Série Noire, Carré noir (sous le nom « Folle à tuer », Folio et Folio Policier.
Neuf 5/6 euros  (2/3 € chez tout bon bouquiniste ! )
Intelligence : ***
Description : *
Action : ****
Humour : 0
Amour : 0
Violence : ***
Sexe : 0