jeudi 28 juin 2012

Le bouquiniste a lu N°37 Dernière nuit à Montréal d’Emily St. John Mandel.

Et bien voilà ! Je lis un roman qui se passe à Montréal et je n'ai plus trop envie d'y aller... Mais quel roman...
Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais Maman est morte. Un enfoiré de petit courant d’air de  première nuit d’été a soufflé la flammèche… Maman estimait que ses deux fils étaient des sortes de dieux vivants qui plein de commisération traversaient le monde, celui-ci étant à peine digne de les supporter. C’est surtout vrai pour mon petit frère : il est capable de regarder des pages et des pages de html en voyant la fille en robe rouge se balader*.
On devrait faire un « Perdre sa Maman pour les nuls ». Le mix « Crabe généralisé » et « Non, je refuse qu’on me soigne ! » ne laissait pourtant pas beaucoup de place pour les pronostics. C’est arrivé ou ça arrivera à tout le monde et il faut savoir deux choses : d’abord on ne peut pas se préparer « complètement » à la douleur d’un tel évènement et puis ce que personne ne vous dit explicitement, surement par peur d’être taxé d’égoïste, c’est que, plus que son chagrin, il faut « gérer » celui des gens qu’on aime et qui vous entourent, en sachant qu’il est le reflet de ce que vous éprouvez vous-même.
Je ne sais pas si je vous l’ai dit mais Maman était très belle (la plus belle des …) et avait un foutu caractère ! C’est simple elle aurait pu être bouquiniste !
« Bon, il est bien gentil» vous dites-vous une petite larme au coin de l’œil pour les émotifs ou un sourire crispé pour les nerveux  « mais c’est quand qu’il cause du bouquin ?»
Et bien justement, « c’est » arrivé alors que je lisais le bouquin d’Emily. Commençons par le début. Ceux qui lisent mes chroniques (c’est très bien !), savent que j’ai fait la connaissance de Benjamin Guérif il y a quelques mois grâce à Jilali Hamham et nous avons sympathisé**. Du coup lors de la sortie d’ « U-Chroniques » (l’excellent recueil de nouvelles du groupe imaJn’ère, en vente dans les meilleures librairies d’Angers – et sur notre site) je lui en ai envoyé un. Et de m’envoyer « Dernière nuit à Montréal » d’Emily St. John Mandel de manière spontanée en me disant qu’il croit beaucoup en cette jeune femme.
Du coup, je l’ai lu.
Et j’ai bien fait.
Le roman est sorti chez Rivages/Thriller mais il aurait aussi bien pu sortir chez NRF Gallimard, tant par la qualité narrative de l’ouvrage que par un style tout à fait original qui n’est pas sans rappeler les grandes pages de Boyd. Et j’aime beaucoup William Boyd. Une langueur contagieuse s’échappe de ce roman bien loin du standard polar du moment.
L’histoire raconte l’enlèvement d’une petite fille de 7 ans, Lillia par son père et leur errance sans fin au travers du continent Nord-Américain. Elle raconte aussi la poursuite des premiers par un détective privé engagé par la mère. Elle raconte aussi les destins collatéraux de la fille du détective et du dernier compagnon de Lillia. Emily nous conte le présent de ses protagonistes, enfeuillé dans les flashbacks en forme de road-movie de la fuite perpétuelle du père et de sa fille et son implication sur le comportement « erratique » du présent de Lillia. Une demi-douzaine de personnages qui chacun mériterait leur roman tant leur densité est complexe et leur destin bouleversé par ce fait-divers…
La richesse du tout, une fois le dépaysement absorbé, laisse dans la bouche une saveur de neige sale et glacée accompagné d’une lointaine note d’espoir. Merci Benjamin.
 
*  « Matrix » (bande d’ignares…)
** in « La tête en noir » n°156
 
« Dernière nuit à Montréal » Emily St. John Mandel « Rivages : Thriller »
Neuf 18.50 euros  
Intelligence : ****
Description : ****
Action : *
Humour : 0
Amour : ***
Violence : *
Sexe : 0