dimanche 16 juin 2013

Le bouquiniste a lu N°38 : Nécroporno De Robert Darvel chez Trash

Le roman Gore qui fait mouche !

La chronique présente, tout comme l’ouvrage décrit sont à réserver à des adultes consentants.

Cette  formule est indiquée sur les couvertures des romans Trash en dessous d’une tête de mort hommage aux premiers numéros de la collection Angoisse du Fleuve Noir.
 
Bon, je « n’aime pas » le Gore. Même si  j’apprécie que ce style de littérature existe, j’ai toujours eu une répulsion pour le genre, m’imaginant des écrivains sous pseudo extériorisant des pulsions malsaines.
Puis me plongeant à quelques reprises dans des extraits des petits ouvrages à l’honneur dans la boutique, je constatais bien vite que la lecture à en faire était le plus souvent à deux degrés et que le fond, à chercher sous la croute purulente, restait plutôt sain.
Quand des amis d’imaJn’ère se rassemblèrent pour créer la collection Trash, je leur faisais tout de suite part de mon soutien pour ce projet ambitieux tout en précisant qu’il ne fallait pas compter sur moi pour lire un seul de leurs ouvrages.
Et puis quelques jours avant imaJn’ère 2013 « c’est » sorti.
Trois !
Bien !
Et beau en plus !
Des couvertures éclatantes avec de splendides illustrations de Willy Favre pour Nécorporno et de Vitta van Der Vuulv pour Blood Fist et Pestilence.
Un matin de bonne heure, chassé de mon bureau par d’élégants ronflements à l’étage supérieur, je me trouvais désœuvré…  Puis je les aperçus dans la bibliothèque qui me clignaient du pédoncule oculaire.
J’avais déjà eu quelques retours oraux (ce n’est pas sale) : « Robert est vraiment allé très loin » « Il pousse Darvel » « Il est con ! », bref que des compliments qu’apprécieraient à sa juste valeur notre exterminateur de dindes (le volatile !).
Un œil sur la couverture où une jeune femme cambrée met en valeur son postérieur de belle taille, ne cachant son sexe que grâce à un X noir malheureusement placé.
Le jeune femme serait digne de Serpieri (à qui un hommage est rendu dans l’ouvrage) s’il il ne lui manquait pas des morceaux, ce qui explique sans doute qu’on lui voit très bien une belle partie de la colonne vertébrale, des cotes et quelques restes d’intestins. Le visage égrillard serait tout à fait avenant si outre quelques blessures  l’œil gauche ne pendait pas (lamentablement) sur la joue.
Cela n’a l’air en rien de déranger la belle dont regard et posture invitent à une levrette endiablée (y en a-t-il d’autres ?).
Ça commence bien…
Le roman s’ouvre (craintivement) sur un magnifique commentaire entomologique et ça démarre.
Très vite et très fort !
Une malédiction séculaire (C’est culaire très vite d’ailleurs). On nous présente rapidement un homme que ça gratte. Pas de gratouille, pas de chatouille, ça GRATTE et fort. Et monsieur Darvel entre dans le vif du sujet. Fort ! A un point que lecteur abasourdi s’esbaudit, puis sourit. La petite musique trash monte endiablée et le spectacle commence. Peau déchirée, vomissements, brulures, insectes et une pulsion sexuelle incontrôlable : c’est la victime zéro. Ce ne sera pas la dernière.
Le fléau envahit peu à peu la ville semant destructions, pourrissements et fornications avec une intensité jubilatoire. Le scénario principal est entrecoupé par le cheminement de Martine et Patrick, deux gentils quidams pas bien malins qui se rendent à Eternod voir le père de Patrick (la victime zéro). Les chapitres les concernant sont gentiment pornographiques Bon on appelle « un doigt dans le cul », un doigt dans le cul. C’est cru mais du coup on comprend très bien l’action. J’ai été pris d’une affection sincère pour Martine et sa chatte en feu. Pas de perversion dans les rapports mais pour ça nous sommes  servis  dans le reste du roman et ça permet de souffler un peu. En dehors de cette promenade champêtre et agitée, l’action qui se développe à Eternod met en place des personnages… typés, des lieux que nous connaissons tous (poissonnerie, centre nautique…) où l’action se déroule violente et gore. Les corps s’entassent. Les glaires, pus, chairs putréfiées, os protubérants et frénésie « sexuelle » se déchainent à un rythme effréné. Accidents, meurtres, char d’assaut. Les personnages se succèdent. Les sympathies du lecteur aussi. Pour les chie-dans-l’eau et leur patriarche par exemple. Eux vont tenter quelque-chose d’original ! La petite musique…
Robert Darvel, comme il sait si bien le faire, utilise l’adjectif qui fait sourire, la métaphore qui fait rire.
Bon une petite pour vous mettre en appétit, parlant du cadavre d’une femme jambes écartées : «… le clitoris boursouflé comme une noix de Saint-Jacques … rattachée à elle par des filaments jaunes comme ces photos sur les boites de pizzas congelées… »
Une bande de djeuns échangent leurs chroniques en haut du plongeoir avant l’arrivée du fléau dans un langage et une réalité qui font rire.
Ça pétille d’intelligence et de bons mots. On frise le San-Antonio au pays du gore.
Le roman de Robert est dégueulasse, c’est un fait. Et sans avoir à gratter très loin (…) le second degré saute au visage et permet de « digérer » l’ensemble sans difficultés (majeures). Les références au genre sont nombreuses, dont un hommage à Nécrorian, un à Serpieri –oui, on rencontre la jeune femme de la couverture- et de nombreux autres.
Bon quelques questions se posent :
Eternod ?
Pourquoi le nom d’un personnage féminin du dernier chapitre est-il si familier ?
Pourquoi une telle ouverture à une suite ?
Et quelques autres que je me réserve de vive voix.

Toujours est-il que je vais peut-être ressayer un autre Trash….

 

« Nécroporno» Robert Darvel « Trash»
Neuf 6 euros  
Intelligence : ****
Description : ****
Action : ****
Humour : ****
Amour : **
Violence : ****
Sexe : ****