mardi 15 avril 2008

Pierre Marchais expose jusqu'au 10 mai dans nos murs (libres)

C'est l'un de nos joyeux stagiaires qui nous l'a présenté (je vous ai déjà parlé de Yoann ?? Je vous raconterai un jour...). Pierre : speed, le regard romantique mais dur, une intelligence perçante dans l'oeil...
ça bouge ???

Venu nous présenter ses oeuvres dans un grand carton à dessins, Jean-Hugues l'a pris entre quatre zyeux, et quand Pierre lui a montré ses oeuvres, il en est resté comme deux ronds de flan !

Pierre a voulu alors lui expliquer et le boss (vénéré soit son nom...) lui a dit : "ça m'émeut sans explications, restons en là !!"

Oui, mais, il avait des choses à dire Pierre Marchais !

Il les dit très bien : laissons lui le faire :

 

Pierre avec ses oeuvres

 

Premier choc , vers 11 ans , ligne Paris / Marseille , gros tags , gros graffs , vus du train , impression de masses en mouvements . Tentative de se réapproprier la peinture murale par le dessin sur feuille . Les années passent : collège , lycée , l’ ennui grandit , les dessins s’ affinent . Les mots/TAGS s’ éloignent de plus en plus de leurs structures d’origine pour ne devenir que des formes , sans le code lettre .
Après le lycée , période d’ errance , de contemplation , je fume , je lis des revues , regarde des images , j’ aime les images , je commence à les manipuler . Mon intérêt pour le collage et logiquement pour l’ infographie grandit . J’ entre aux Beaux-arts , tout en continuant le collage digital un perfide retour au dessin sur feuille , fait à la main et au crayon , se fait jour . Discussions entre collègues aidant , nous nous focalisons sur la reprise d’ un geste ancestral , celui de certains graveurs au burin , qui , pour obtenir des valeurs de gris usaient de la ligne . Que naît-il , une fois ce geste réintroduit dans un dessin contemporain ?

Des lignes + des lignes + des lignes qui forment formes .




Dessins sur papier , exécutés la plupart du temps à la pointe fine ( type Staedler , Rotering … ) , au bic , parfois à la plume .

Dessins non figuratifs formés de lignes , plus particulièrement de lignes sources ou premiers gestes , premiers mouvements qui , répétés en écho ( comme l’ onde crée par l’ impact du galet à la surface du lac ) , se développe dans le temps , générant des formes .

Ces forment croissent selon l’ énergie et les directions contenus dans le geste source référant .
L’ aspect linéaire de cette croissance est toujours , en plus ou moins grande proportion , stoppé par les accrocs , erreurs , ou limites physiques du geste qui durant cette croissance , par tressaut , génère l’ infime, la bosse , qui à son tour , par écho va engendrer la vague , suggérer nez et bouches . . .

Nous ne nous trouvons dès lors pas devant une croissance de type arborescente ou purement fractale( un dessin de ce type se mettrait en abime de manière géométriquement parfaite ) car tout geste humain s’ approchant de sa limite physique prend une direction . Nous nous trouvons en présence d ’ une croissance s’ apparentant à celle du rhizome ( une des acceptions qu ’ en a Deleuze ) comme réseaux de lignes ayant la capacité de générer de nouvelles structures à mesure qu’ ils croissent ( structures à la fois conséquences et moteurs de leurs croissances ) .
Certaines phases de mes dessins donnent l’ impression d’ être purement fractale , ce n’est qu’une illusion , ou plutôt une parcelle , la trace du geste stoppé avant qu’ il n’ atteigne sa zone limite .

Une autre facette de ce type de dessins est leur aspect optique , vibrant . L’intensité énergétique donnée à la ligne , l’ attention portée à la zone sensible générée par la proximité de deux lignes , les finesses et intimités des jonctions sont des facteurs dont dépend l’ intensité vibratoire de mes dessins .

Un dernier aspect que j’évoquerai ici est l’ inquiétude du devenir des formes ( la peur de déterritorialiser une part de son architecture ? ) ou la facette obsessionnelle des lignes qui forment formes . Dessins mécaniques , automatiques , de digestion , d’ intestins , de systèmes , de réseaux , de concrétions , d ‘ agrégats , de cristaux , de jardins , de tapis , faits de nuit , de méandres , de plis , de matière , qui dévoilent , qui bougent , qui ennuient , qui respirent , qui cachent , qui étouffent , qui suggèrent , qui rien , biens rangés , mystérieux , attendus , donnés , gros , petits , grands , ratés , qui parlent et écoutent , qui fument ,qui chaises , qui pleurent , qui attaquent , qui incisent …