mardi 15 janvier 2008

THX 1138 et la contre-utopie

Voici l'intégralité de la présentation de THX 1138 qu'a faite Jean-Hugues Villacampa (notre chef vénéré) au cinéma d'art et d'essai des "400 coups" à Angers le mardi 15 janvier.
Bonsoir,
 
Je tiens tout d’abord à remercier l’équipe des « 400 coups » de l’honneur qu’ils m’ont fait en m’invitant à vous présenter le film de ce soir THX 1138.
 
J’en profite pour les féliciter de leur dynamisme et de leur compétence qui permet à ce cinéma, d’être l’un des fleurons culturels angevins.
 
Je diviserai le court exposé que je vais vous faire en deux parties, tout d’abord un petit historique du film lui-même suivi d’une brève digression dans le domaine de la contre-utopie.
 
Vous pourrez retrouver l’intégralité de cet exposé en page d’accueil de notre site www.phenomenej.fr
 
L’histoire commence dans l’Université de Californie du Sud dans les années 60 où Matthew Robins (qui nous a gratifié par la suite d’un magnifique « dragon du lac de feu ») et Walter Murch mettent au point le scénario d’un court-métrage THX 1138 : 4EB.
 
Après réflexion, ils trouvent le film trop underground et le donnent à Lucas.
 
Lucas décrochera avec, le 1er prix, et le prix spécial du festival de fin d’année.
 
Francis Ford Coppola, impressionné, propose à Lucas d’en faire un long métrage.
 
Celui-ci patauge et fait appel à Walter Murch avec qui il terminera le scénario en juin 70. Le tournage débute en septembre 1970 pour moins d’un million de dollars. Les résultats (financiers) sont décevants.
 
Aujourd’hui, tout comme pour la seconde trilogie Star Wars, George Lucas a revisité son film, y rajoutant quelques arrière-plans, une station de métro et une scène de poursuite motorisée. Il en a profité pour effectuer une restauration impeccable image/son.
 
THX 1138 se déroule dans une atmosphère déshumanisée où toute sensation a été effacée.
La mise en scène du futur est une manière ludique de juger le présent.
C’est à ce titre que la critique politique de THX1138 entre dans la famille des contre-utopies.
 
Mais qu’est-ce qu’une contre-utopie ?
 
 Les contre-utopies ne sont pas le contraire des utopies mais des utopies en sens contraire.  Le principe est de démontrer que chacun des bienfaits d’une utopie se retourne contre son bénéficiaire.
 
Par le biais de la caricature, la contre-utopie démasque le double-jeu de l’utopie, et les cauchemars cachés sous les belles promesses.
 
D’un point de vue historique, début du XVIIIème siècle, le discours utopique se répand en Europe.
Jonathan Swift écrit alors les voyages de Gulliver. Deux d’entre eux (les moins connus) sont des contre-utopies flagrantes.
 
1° Tout d’abord sur l’île de Laputa où raison et géométrie sont seules maitresses despotiques. Tout se trouve en état de délabrement : architecture, qualité de vie, etc...
 
2° Et lors de son dernier voyage, Gulliver débarque sur une île peuplée de chevaux intelligents et sages qui règnent sur des humains dégénérés, abrutis et vicieux.
 
Swift tire deux conclusions de cet état de fait : 1° les humains sont définitivement mauvais, 2° Les chevaux doués de raison et de vertu sont sans faiblesses MAIS sans bonté, et tout à fait dépourvu de charité.
 
Il faudra ensuite attendre le milieu du XXème siècle et la naissance des états totalitaires modernes pour que la contre-utopie renaisse.
 
Il s’agit de « Nous autres » de Ziamatine, « 1984 » de George Orwell, « Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, puis après guerre « Farenheït 451 » de Ray Bradbury, « Soleil vert » de Harriston, « Un bonheur insoutenable » d’Ira Levin.
 
Nous sommes heureux ! Enfin ! Et ceci grâce à divers moyens : Propagande incessante, lobotomie chimique et vidéo, eugénisme, abus sécuritaire etc...
« Pour votre santé/bonheur, je vous interdis de ... »
 
Enfin, pour terminer, voici quelques notions et outils de contre-utopie littéraire et cinématographique qui ne sont pas sans rappeler quelques grands faits d’actualités :
-          1984 voit naître la Novlangue, une langue appauvrie destinée à empêcher les locuteurs de formuler des pensées complexes. ZYVA !
-          1984 encore avec la double-pensée, une gymnastique cérébrale destinée à accepter comme vraies deux propositions contradictoires de façon à détruire chez l’individu la notion de logique.
-          Le meilleur des mondes ou des messages de propagande sont diffusés aux enfants dès les derniers stades de développement fœtal.
-          Orange mécanique et le traitement chimique de l’ultra-violence d’Alex
-          1984 / Nous autres / Un bonheur insoutenable avec le contrôle et la surveillance totale des individus.
-          « Wang » de Bordage et « Les monades urbaines » de Silverberg où des sociétés très organisées se séparent de mondes chaotiques par l’édification d’un mur.
 
Heureusement, il existe toujours une exception qui résiste à tous ces stimuli et qui montre  la voie aux autres.
 
La contre-utopie et les différents auteurs qui abordent le sujet, de Swift à Brunner en passant par Georges Lucas éveillent notre attention sur le « Tout parfait » que le politique quel qu’il soit a toujours tenter de nous imposer.
 
En titillant notre intelligence, ils nous rendent meilleurs, et feront peut-être de nous l’exception, le THX 1138.
 
Je vous souhaite une excellente séance. Merci de votre attention.