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« La vie extraordinaire des gens ordinaires » de Fabrice Colin.

N°22

Je lis des bouquins extraordinaires en ce moment… Du coup ne souhaitant que votre bonheur, je vous en fais partager la découverte… C’est le cas d’un des ouvrages de Fabrice Colin dont vous devriez TOUT lire !

Je ne sais pas si je vous l’ai dit mais je connais Fabrice Colin. Bon, on n’a pas élevé les trolls ensemble non plus, mais nous avons eu l’occasion de nous croiser moultes fois à l’époque de Phénomène J Paris. En fait, tous les deux mois je passais chez « Casus Belli » (l’ancien, enfin le premier) près d’Issy Les Moulineaux (le bout du monde pour un quartier-latiniste comme moi), tailler le bout de gras (c’est vraiment répugnant comme expression ça), bavasser (pas mieux…) avec les  potes de ma génération du jeu de rôle. Didier Guisérix, Pierre Rosenthal, Tristan Lhomme (un gamin !), bref les troupes d’élite de l’époque. Un beau jour de printemps… ou en décembre, je vis un jeune homme frisé avec des lunettes de l’intello qu’il est, en train de me regarder curieusement. Moi, un peu étonné mais en fait la curiosité est l’une des grandes qualités du bonhomme. Didier me présente : « Fabrice Colin qui vient de rejoindre notre équipe histoire d’amener un peu de sang frais… ». Je ne sais plus d’où sortait Fabrice, mais à l’époque rentrer dans l’équipe de Casus était une sorte de gageure et de mauvaises langues (on dit des trolls maintenant) susurraient partout que c’était un paria. Didier semblant TRES content de l’avoir dans son équipe et étant un des types « importants » du jeu de rôle le plus droit et le plus honnête que je connaisse (bon, avec Arnaud Cuidet et Sébastien Cèlerin… et quelques autres) je n’avais que des préjugés favorables…

Quelques années plus tard, Fabrice s’installe chez notre voisin « Multisim », l’éditeur de jeux de rôles qui sous son impulsion édite l’extraordinaire Deadlands « western spaghetti with meat » qui jongle entre le western, les mort-vivants et des cthuluités (si je ne rentre pas à l’académie française ce sera à dégouter de tout) de manière jubilatoire. J’aurai du prendre en photo les tronches des joueurs en partie d’initiation à Phéno dans les parties jouées par Arnaud Cuidet… Mes relations avec Fabrice étaient  mitigées. Il m’intriguait et je le poussais souvent dans ses derniers retranchements ce qui le mettait mal à l’aise sans que je puisse répondre à mes questions. Le considérant plus intelligent que moi (ça m’éneerrrve !!!) et ne souhaitant pas l’embarrasser plus avant, je décidais de lui foutre la paix. Stéphane Marsan qui venait de prendre la direction des éditions Mnémos le pousse vers l’écriture de romans et les deux premiers laissent présager d’une longue aventure qui démarrera en fait avec Winterheim dont les deux tomes parus en 1999 révèlent au monde ébloui les talents de ce prodigieux conteur. La même année il écrira à quatre mains avec Matthieu Gaborit (dont je suis le plus grand fan !) « Confessions d’un automate mangeur d’opium ». La suite est un à un rythme impressionnant la parution de différentes choses (romans, nouvelles, BD) à destinations variées (enfants, adultes) et sa participation à « La brigade chimérique » sur laquelle je reviendrai surement un jour parce que je suis là pour chroniquer un livre et pas m’épancher sur une carrière soit-elle exceptionnelle !

Il est fréquent que des clients bien intentionnés (= qui vont acheter quelque-chose) me demande conseil en SF/fantasy/fantastique : Fabrice Colin est l’une de mes recommandations, coincés entre Moorcock et Neil Gaiman…

« La vie extraordinaire des gens ordinaires » est un recueil de petites nouvelles (oui, mais il y en a plein) qui n’est pas un recueil de petites nouvelles… Plus on avance dans ces aventures, plus on se rend compte qu’elles ont toutes un lien. Pourquoi un homme quitte le confort d’une rédaction pour affronter la solitude de l’écrivain ? Pourquoi un cadre commercial quitte t’il son job pour aller vendre de « vieux » livres dans une boutique en province ? Dans la notion de choix, il y a d’abord celle du refus. C’est la raison pour laquelle choisir est souvent un acte difficile. Refuser de se laisser dicter sa vie, refuser le regard condescendant des autres… Savoir refuser est un acte plus compliqué qu’accepter.

Tous les héros de Fabrice ont refusé quelque-chose pour pouvoir avancer.

Un écrivain (Fabrice…) rencontre un poète dans une chambre d’hôpital, la confiance est instinctive et le poète lui confie 20 histoires qui lui sont arrivés après avoir fait le choix de faire le tour du monde à la recherche de gens ordinaires qui ont vécu des choses extraordinaires : un chasseur de nuage en planeur ; un plongeur dans le coma après une découverte incroyable, son fils réalisant une maquette d’un lieu que fouille sa mère en rêve ; un restaurateur installé sur le toit du monde ; une jeune femme qui perd son billet de loto gagnant ; un vieux surfeur à la jambe de bois qui attend sa vague ; un génie au QI incroyable qui rend fou sa famille ; la naissance d’un «quartier » libertaire suite au décès d’un jeune ; un clown pleureur dans un service de pédiatrie ; une dame anglaise muette et son roi lion ; un héritage d’une maison pleine de chats étranges ; une jeune écrivain(e) chinoise de génie ; amours de femmes et ange de tristesse ; un joueur de foot incroyable ; LE thé d’une vieille anglaise à Ceylan ; une femme qui rêve de vol lunaire ; un dinosaure dans un jardin de Rome ; un parc d’attraction en pleine jungle, des dossiers médicaux qui se croisent… L’espoir, la passion, la folie, un zeste de fantastique et l’écriture magistrale d’un Fabrice Colin au mieux de sa forme littéraire.

Pendant quelques jours, peut-être aujourd’hui encore, cette œuvre envoutante a bercé mon esprit m’accompagnant dans les (très rares) moments où je m’interrogeais sur la nécessité de l’effort incommensurable à effectuer pour de petits résultats. Alors qu’en fait l’effort est anodin et le résultat majeur. La preuve est que le 25 septembre ayant englouti son livre, j’envoyais un petit mot à Fabrice (que je n’avais ni vu ni contacté depuis… une bonne dizaine d’années) sans lui poser de questions, juste lui dire « j’ai passé un TRES bon moment  à lire ton livre », ce à quoi il m’a répondu « Voilà qui illumine ma soirée. Thanks, Jean-Hugues ! »

Ce qui ne tombait pas mal, m’ayant illuminé une bonne partie des miennes !

Si vous doutez encore du bonhomme, n’hésitez pas à parcourir son blog qui est une manière de partir intelligemment en vacances : http://fabrice-colin.over-blog.com/

« La vie extraordinaire des gens ordinaires » Fabrice Colin « Flammarion »
Neuf 13 euros  (7/8 euros chez tout bon bouquiniste ! )
Intelligence : ****
Description : ****
Action : **
Humour : **
Amour : ***
Violence : 0
Sexe : 0

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